Une Éducation algérienne : De la révolution à la décennie noire

Rencontre-lecture-musique et présentation du livre de et avec Wassyla Tamzali

Une Éducation algérienne : De la révolution à la décennie noire

Vendredi 24 octobre 2008 - 20 h
Centre Nelson Mandela (Besançon - Planoise)

Soirée animée par Soumya Ammar Khodja et Josette-Alice Bos en partenariat avec SURVIE Franche-Comté et la participation des musiciens Feyçal Sahli (oud), Noêl Pelhâte (saxophone) et Zakaria El Riahi (darboukka)

L'Algérie ? La révolution ? Que n'a-t-on déjà dit sur le sujet ?…

Eh bien non, il y a encore bien des choses à en dire et pas des moindres : le livre Une Éducation algérienne, de Wassyla Tamzali, en est la preuve.

Un livre foisonnant où se mèlent idéal et réalité, politique et histoire, langage et cinéma, mais aussi l'huile d'olive, le soleil et la mer, toutes les odeurs, couleurs, saveurs de ce pays bien aimé. Fluidité, beauté d'une langue frémissante et lyrique, alliant précision de la construction et méandres de la mémoire, tranchant du scalpel et incandescence du souvenir. Livre qui nous restitue un pan majeur de l'histoire de l'Algérie et oppose l'espoir au désenchantement pour lutter contre l'histoire falsifiée.

Issue d'une famille de notables algériens, qui tiendra une place importante dans la guerre de libération, Wassyla Tamzali est née dans une grande ferme coloniale au fond du golfe de Bougie. Sa jeunesse ne lui a laissé que des souvenirs de bonheur et d'odeurs d'orangers. Un drame va bouleverser sa vie : son père est assassiné par une jeune recrue du FLN. Malgré cette forfaiture puis la nationalisation des biens familiaux, la jeune femme va s'enthousiasmer pour la construction de l'Algérie nouvelle, dont elle épouse toutes les utopies avant que ne tombent les illusions, dans les années du terrorisme islamique.

Ce récit passionné nous introduit dans l'intimité d'un milieu méconnu, qui avait fait le triple pari de l'indépendance, de l'humanisme et du maintien de l'héritage chèrement acquis pendant la colonisation. Wassyla Tamzali conclut ce livre par un constat plein de tristesse mais dénué d'amertume : en Algérie, le retour des tribus et la haine du cosmopolitisme qui l'accompagne ont sonné le glas de ces espérances. Le dernier acte de la décolonisation sera tragique et douloureux, et d'abord pour les gens de son espèce.

À partir du récit de son itinéraire personnel, c'est donc aussi une réflexion sur la démocratie que nous livre l'auteur, sur la cruauté et la grandeur des révolutions, la petitesse et la beauté de l'homme. Un superbe exemple de lucidité et de courage qui dénonce, si nous n'y prenons garde, « l'irréversible dérive des esprits, annonciatrice de l'épuisement du monde. » Voilà pourquoi, pour paraphraser l'auteur elle-même, nous disons "qu'un peu du cœur du monde bat dans ce livre". Il témoigne cependant que le retour est possible dans ce pays meurtri : après des années d'absence, Wassila Tamzali partage à présent son temps entre Alger et Paris.

Celle qui fut, entre autres, rédactrice en chef du premier journal indépendant du Maghreb à Tunis, avocate à Alger pendant 10 ans, puis directrice pendant 20 ans du programme sur la condition des femmes de l'UNESCO, continue de mener de nombreux combats pour l'égalité des femmes, la laïcité, la démocratie et le dialogue méditerranéen.

En son hommage, trois musiciens bisontins, aux origines pied-noir, algérienne et marocaine, apporteront des intermèdes musicaux à cette soirée de choix.

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