Salim bachi

Présent les 12,13 et 14 septembre 2008

« La littérature a le pouvoir d’unir des cultures différentes »

Salim Bachi, auteur algérien de 34 ans, vivant depuis 10 ans en France, accumule les récompenses littéraires.

Depuis dix ans qu’il vit en France, l’auteur algérien ne cesse de montrer, sous un jour nouveau, les turbulences de l’histoire. Dernier fait d’arme : se glisser dans la peau de l’un des terroristes du World Trade Center. Risqué ! « J’ai fait pour le 11 septembre avec Tuez les tous, ce que j’avais fait pour l’Algérie des années 90 dans Le chien d’Ulysse (son premier roman, publié en 2001 chez Gallimard), où je parlais de la guerre sans tabou, des policiers qui torturaient. Ça a choqué. C’était un peu tôt » Il y aura ensuite La Kahéna en 2003, « sur les ambiguïtés de la colonisation. » Là, Salim Bachi adopte le point de vue d’un colon qui comprendra, mais un peu tard, que cette entreprise d’“effacement d’une culture par une autre » était vouée à l’échec. Deux romans qui lui valent plusieurs récompenses littéraires, le prix Goncourt du premier roman pour Le chien d’Ulysse et le prix Tropiques 2004 (prix de l’Agence française du développement) pour La Kahéna, et qui font de lui l’un des auteurs algériens les plus prometteurs.

Une jeunesse délaissée La plume taquine Salim Bachi depuis l’âge de 15 ans. Il suit des études de Lettres jusqu’à la licence, en Algérie. Mais en 1996, il lui faut partir. Il choisit la France pour terminer ses études à Paris. « À cette époque en Algérie, c’était la catastrophe, le fanatisme, les attentats… Même si ma ville, Annaba était relativement épargnée, sur la côte est du pays, je ne voyais pas mon avenir là-bas. La jeunesse est délaissée, elle n’a aucun espoir. Le refuge peut être l’islamisme, assez vite ». Fanatisme, attentats… On retrouve les mêmes thèmes dans Tuez les tous. D’ailleurs, l’élégant et souriant écrivain s’interroge : « Est-ce que le 11 septembre se résume à une question d’Orient contre Occident ? Je n’en suis pas si sûr. Cette violence a commencé en Algérie, entre Arabes et musulmans. J’y vois surtout une haine de la modernité commune à beaucoup de pays arabes qui, par cynisme, utilisent le fond culturel religieux pour manipuler les gens ».

Prendre de la distance Salim Bachi est discret. Préférant le rôle d’observateur, de questionneur, afin de mieux se glisser dans les failles de l’histoire. « Pour écrire des livres sur l’Algérie, il fallait prendre de la distance. C’est ce que j’ai pu faire en France. Paradoxalement, il faut s’éloigner pour se rapprocher de son pays et faire œuvre d’écrivain ». Scolarisé un temps en France, lorsqu’il était enfant, puis de nouveau en Algérie, où l’école se déroulait en arabe, Salim Bachi a « été ballotté entre deux façons de voir les choses ». De quoi façonner pour longtemps son esprit critique. Aujourd’hui, il semble être tombé pour de bon du côté du français, la langue dans laquelle il écrit, et de la France, le pays qui l’a fait naître écrivain. Il parle l’arabe bien sûr, mais ne le lit pratiquement pas et l’écrit encore moins. L’Algérie semble enfermée pour l’instant dans une boite à souvenirs, qu’il rouvrira peut-être si les choses s’éclaircissent un peu de l’autre côté de la Méditerranée. Sa vraie patrie serait plutôt les pages de James Joyce, William Faulkner et Kateb Yacine. « Ces littératures m’ont appris que les cultures étaient ouvertes et perméables, qu’Ulysse était Dublinois, mais aussi complètement grec et, par là même, universel. La littérature a le pouvoir d’unir des cultures différentes. »

Lire les auteurs arabes à l’école Attentif et posé, le jeune homme se laisse aussi, par moment, emporter par un rire franc. Mais son apparence sérieuse revient vite. Le monde comme il tourne l’inspire, l’actualité française le préoccupe. Il se plait à rêver que l’école revalorise les différentes cultures et que les enseignants viennent de tous les horizons. « Est-ce que l’Education nationale est assez ouverte ? », interroge Salim Bachi toujours prêt à dégainer la question qui fâche. Lire les auteurs arabes permettrait aussi, selon lui, de donner un modèle positif aux enfants issus de l’immigration : Les Milles et une nuits, et les auteurs maghrébins qui écrivent en français, comme Rachid Mimouni, et Driss Chraïbi « qui s’attaque à tous les archaïsmes des sociétés méditerranéennes. »

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